Sous la canopée d'acier




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MessageSujet: Sous la canopée d'acier    Sous la canopée d'acier  Empty30.03.19 17:50



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Eoin Zweig
Le silence.

Ce fameux silence qui précède toujours les grands moments. Et quel grand moment ce sera bientôt... Au centre d'une pièce assez grande pour contenir une quarantaine de personnes, Eoin était installé sur un tabouret de bois et de fer, déjà en position, sa harpe ornée d'une tête de reptile aux yeux de rubis posé entre ses genoux et ses doigts qui tâtonnaient timidement les fils sans un son. D'autres chaises avaient été placées tout autour de lui, en un large demi-cercle, toutes permettant au spectateur d'admirer au mieux l'artiste.

Au-dessus de sa tête se trouvaient un enchevêtrement de lierres et de lianes garnies de fleurs grosses comme le poing. A y bien regarder, rien ne bougeait sous la brise qui arrivait d'une des hautes et étroites fenêtres. De fait, cette végétation luxuriante mais gracile avait été façonnée dans un acier léger et sombre. Quelques filaments venaient grignoter le haut des murs, s'enroulant parfois autour d'une arcade de fenêtre, de porte ou d'une colonne sculptée à même les murs de pierre. La décoration était faite d'éléments austères et froids, mais leur travail minutieux, une véritable oeuvre d'art, donnait de la vie, de la chaleur, du mouvement au résultat final.

C'est dans ce décor d'Art Nouveau dans un camaïeu de noirs et de vert tendre que patientait notre harpiste, Eoin Zweig, dont la respiration se faisait lente et profonde, les yeux mi-clos, prêt à ravir ses spectateurs. Les premiers arrivèrent justement. Un homme en costume et chapeau melon, un monocle qu'il frottait négligemment d'un mouchoir de soie sans jeter un regard à Eoin, tandis que la femme à ses côtés lui afficha un ravissant sourire qui avait le don de faire oublier l'impolitesse de son compagnon de soirée. Se succédèrent alors une ribambelle d'hommes et de femmes en tenue du dimanche, beaux comme des sous neufs, dont une jeune femme à la taille fine et aux yeux vifs et joyeux. Eoin ne s'attarda guère plus sur elle que sur les autres, entrant déjà dans une semi-transe, attendant que tous soient assis.

Là, et seulement là, il leva ses mains, approcha ses longs doigts blancs des fils tendus jusqu'à leur limite, et la première note explosa avec douceur dans cette canopée d'acier.


Dernière édition par Eoin Zweig le 14.04.19 17:23, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Sous la canopée d'acier    Sous la canopée d'acier  Empty07.04.19 20:34

Stacey
‘’ Et toc ! ‘’


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Stacey
Je t’y prends, Lecteur, à te dire “Stacey mélomane ? J’aurais pas cru.” !

Et tu fais bien de ne pas y croire, car elle ne l’est pas pour un sous. Un talent fragilisé dans l’œuf dès la maternelle quand elle commença à chanter pour la première fois une comptine et où on l’en dispensa fort vite. Talent qui fut par la suite mit à l’agonie lors des premiers cours de musiques où on lui interdisait même de jouer de la flûte à bec. Le sons qu’elle produit ressemble à un chat qu’on égorge qui s’égosille dans une vuvuzela, décrivait l'appréciation sur le bulletin scolaire, Même cet instrument ne mérite pas ça . Enfin, un talent qui se suicida lors de l’achat de son premier CD de boys band dont elle en était trop fan.

Pourtant, elle essaye, la petite Stacey. Car ça fait sophistiqué d’aimer la musique, ça fait Grande Dame qu’elle pense. Alors quand elle a reçu cette invitation de la part de ses voisins, elle s’était fait une joie d’accepter ; car oui, Stacey était une bonne voisine, du genre à recevoir des invitations pour un concert privé : toujours un sourire, toujours volontaire, toujours un œuf à dépanner. Mais visiblement toujours pas mélomane : quand les premières notes sont lâchées, s’envolant dans les airs et ricochant sur la végétation de métal, elle garde juste un sourire figé et poli, pourtant plongée dans une profonde incompréhensions. Pour elle, le son de la Harpe ressemble à un vague “plouing plouing plouing.” Il y en a des plus aiguës, oui. Des plus graves, d’accord. Mais son cerveau ne fait pas le liens pour transformer le tout en harmonieuse musique.

Elle se risque à quelques discrètes œillades autour d’elle, cherchant dans les yeux des autres auditeurs la confirmation qu’elle n’est pas la seule dans ce brouillard musical, mais à la volé, elle ne voit que des personnes émues, d’autres qui approuvent le sons qu’ils entendent d’un hochement de tête, ou d’autre encore qui ferment les yeux pour mieux savourer ce qu’ils écoutent (ça, ou ils dorment, se dit Stacey. Définitivement : ils dorment sourit-elle).

Alors, elle gonfle sa poitrine avec détermination et se raccroche aux trois choses essentielles à sa soirée :
D’un : bien se tenir. Car elle est radieuse, Stacey. Vêtues d’une jolie robe verte mousse, elle y a cousu des petites écailles argentée de poisson qui forme un motif végétal, en harmonie avec les feuilles de lierre qu’elle a planté dans son chignon. Alors, pour faire honneur à sa si jolie tenue, elle sourit, ses yeux verts-d’eau se plissent sous ses joues rebondies et rosies, ses mains gantées balayent derrière une oreille les mèches bouclées de sa chevelure.
De deux : dévorer du regard le beau joueur de harpe. Plutôt à son goût, elle lui trouve un petit côté exotique avec ses airs de joueurs de donjon et dragon Grandeur Nature. Elle l’imagine sans son armure. Rougit un peu. Ajoute une chemise de Lin sur ses épaules. Oui, c’est mieux.
De trois : Tenir bon jusqu’au buffet. ”S’il y a de la nourriture gratuite, toujours en profiter” avait un jour dit Maman et c’était depuis un commandement cher au cœur de Stacey.

Si bien que quand le récital touche à sa fin, c’est sincèrement qu’elle se met à applaudir le harpiste. Peut-être pas pour la bonne raison, mais l’enthousiasme est là. Elle observe autour d’elle, imite maladroitement la retenue des Dames autour d’elle, nostalgique de son passée de groupie qui hurle après le concerts de ses groupes préférés, et tout doucement, marchant en crabe, Stacey se dirige vers la table du buffet. L’important est de ne pas être la première à toucher à la nourriture, ça fait morfale sinon, mais d’être assez bien placée pour pouvoir tout goûter et s’en mettre plein la panse gratuitement. Mais pour l’heure, paraître naturelle. Applaudir. Sourire.

Et marcher par des petits pas que sa large robe cache vers la nourriture, espérant ne pas rencontrer d’obstacle.
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MessageSujet: Re: Sous la canopée d'acier    Sous la canopée d'acier  Empty14.04.19 17:41



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Eoin Zweig
Le concert se déroula parfaitement bien. Enfin, c'est ce qu'Eoin pensa avec raison car, tout le long de son propre concert, il garda les yeux clos ou mi-clos, fixant un objet invisible posé près de ses pieds immobiles. Excepté quelques bruissements de tissus sur le sol, aucun autre son que sa musique ne lui parvenait. Quelqu'un osa toussoté à un moment, il manqua presque une note, ce qui aurait pu le mener à une rage terrible... Mais la catastrophe fut évitée de justesse. On prenait soin de prévenir le public trié sur le volet que venir voir Eoin Zweig jouer requérait une maîtrise de soi-même et un silence absolu. Ainsi, à part ce détestable petit toussotement qui aurait pu attirer les foudres d'Eoin sur leur source, rien ne vint le perturber, à sa plus grande satisfaction.

Une heure s'écoula, mais Eoin avait fait comme un bond dans l'espace temps, ainsi qu'à chacune de ses représentations. Il entrait, dès les premiers tintements de son grand instrument d'argent sombre, dans une sorte de transe et n'en sortait que lorsque ses doigts stoppaient net dans l'air, légèrement tremblants sous l'effet d'une profonde émotion que son visage, quant à lui, ne trahissait point. Un silence lourd - d'admiration, Eoin n'en douta pas une seconde - s'installa un temps, avant que des applaudissements respectueux mais chaleureux ne le saluent. Il hocha quelques fois de la tête, un demi-sourire esquissé avec une modestie feinte. Parmi les applaudissements courtois, un autre, plus vif et émotif, sortit du lot, faisant hausser un sourcil au musicien qui chercha des yeux l'origine de cet engouement inadapté à l'atmosphère actuelle. Il posa alors un regard sur une jeune fille qui n'affichait pas ce masque si commun de la bourgeoisie guindée et, malgré celle-ci s'en allant déjà, il devina que ce fut elle. Il sourit un peu plus tout en rangeant sa harpe sur le bas-côté.

Avec gêne, il entendit son estomac s'éveiller à l'odeur de mets posés sur le buffet dans la pièce mitoyenne. A la suite de son public, il passa la double-porte de verre et arriva dans un décor somptueux entremêlant draperies de soie blanche et de dentelle anthracite, ponctué ici et là d'or et de rouge sang. Le lierre d'acier noir au plafond fit place à un plâtre peint immaculé couronné d'un lustre étincelant qui jetait une multitude de faisceaux de lumière sur le festin qui prenait la place de trois longues tablées. Sans attendre, Eoin s'y dirigea, attrapa une assiette de porcelaine sur laquelle il se mit à disposer plusieurs choses : du riz brun au pesto d'ail-des-ours et poivre rose, un magret de canard enrobé de miel et de coquelicot et une salade verte à la citronnelle. Il se servit un verre de vin rouge puis alla s'asseoir à une table isolée, avec vue sur la ville.

Alors qu'il mangeait, il vit du coin de l’œil un visage qui devenait déjà familier : la demoiselle à l'applaudissement enjoué tournicotait autour de la table, telle une pie à l'affût du meilleur morceau. Il ne la lâcha plus des yeux un moment, toute à son observation de savoir ce qu'elle finirait bien par choisir, un certain amusement dans son regard.
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MessageSujet: Re: Sous la canopée d'acier    Sous la canopée d'acier  Empty20.04.19 16:05

Stacey
‘’ Et toc ! ‘’


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Date d'inscription : 20/03/2019
Stacey
Stacey, elle a ce truc incroyable, cette capacité à s’adapter à toute situation. Un talent qui lui vient d’une certaine idiotie à ne pas se poser plus de questions que nécessaire. Son ancien chez elle lui manque, parfois. Parfois même, elle éprouve une certaine nostalgie, une envie de rentrer. Est-ce que c’est possible ? Est-ce qu’elle pourra ? Quand ? Toute ces questions qui pousseraient un homme à la folie, et bien elle, elle ne se les pose simplement pas et sourit avec enthousiasme à ce que cette vie a à lui offrir de neuf.
Les chewing gum lui manquent, alors la voilà qui envoie des requêtes à Céphale pour qu’ils se penchent sur le sujet. Inquiète de savoir quand ils y répondront ? Bien sûr que non, elle se félicite juste d’avoir mit en marche le processus et s'enthousiasme à penser à la futur commercialisation des “Stacey gum”. Ou ""Chewing-Stacey"". Il faut qu’elle réfléchisse au nom.
MacDo lui manque. Est-ce qu’elle s’en attriste ? Encore non, elle regarde juste ce que le buffet lui offre et compose en fonction. Un petit pain partagé en deux lui feront office de Buns. Cette confiture vaguement caramélisée seront ses oignons. Ses algues vertes feront office de salade. Et on en passe.

Sur le coin d’une assiette, elle entasse des petites bouché des différents plats -l’important est de picorer, savourer et se resservir, mais seulement du meilleurs- et avec au centre le “mer-burger” (il faudra qu’elle travaille le nom, se dit-elle de nouveau). Et là, avec son assiette joliment (et quelque peu lourdement) composée, elle quitte le buffet pour aller savourer son butin, et comme pour la première fois, regarde l’assemblée. Elle voit des groupes, des gens qui s’enthousiasment mutuellement du concert, des gens-pout-pout comme elle les appelle, à la voix parfois haut perché qui rient en mettant leurs petits doigts pour cacher leurs dents (Clichée, Stacey ? Si peu...). Des gens qui picorent une demi-fourchette et gloussent d’être déjà rassasié. Des gens qui préfèrent la qualité à la quantité. Mais pourquoi se contenter d’un quand on peut avoir les deux ? Elle regarde son assiette remplie de façon pyramidale et hoche la tête pour elle même, décidée à profiter ce soir de la nourriture plutôt que de jouer à la noblesse dont elle ne se sent pas parente. Elle ne se sent pas de faire les deux dans l'immédiat (et son assiette la discrédite, se dit-elle. Elle fera connaissance quand elle aura rassasiée sa gourmandise).

Elle s’éloigne, pour manger discrètement, allant vers une table isolée avec une jolie vue, occupée seulement de quelqu’un (est-ce qu’elle ne l’a pas croisé tout à l’heure ? ) et lui sourit.

Bonsoiiiiir ! Est-ce que je peux m'asseoir ? Merciiiii biiiien hiiiin.

Elle s’installe, souriante, prend son Oceanburger (vraiment, il lui faut revisiter le nom) avec ses mains dont elle a ôté les gants et prend une franche bouchée qu’elle se met à mastiquer, regardant la vue sur la ville. Presque instantanément, elle rêvasse, la petite Stacey. Dans son esprit à l’eau de rose, elle s’imagine seule, regardant poétiquement la ville quand un beau jeune homme vient tromper son ennui en lui adressant la parole. Un beau jeune homme comme… Le musicien de tout à l’heure peut-être ? Haha, quel bonne blague, il doit être la bas, dans la foule à gens-pout-pout à s’enthousiasmer de la musique. Quelqu’un d'inaccessible à Stacey, elle est bien consciente de son insignifiance, de leurs différences de rangs.
Impossible que ce soit l’homme à côté d’elle, pas vrai ? Pourtant, maintenant qu’elle y réfléchit, elle y trouve un petit air de parenté, avec ses allures de joueurs de donjon grandeur nature. Han, peut-être son frère jumeaux ? Quel scandaaale ce serait, le frère jumeau, la brebis galeuse de la famille romantise-t-elle, qui s’amourache d’une secrétaire des gens du communs !

Elle soupire lourdement pour elle même, tellement à côté de la plaque, la petite Stacey, tellement dans ses bancs de poissons, maintenant qu’elle n’a plus accès au nuages…
S’adapter. Le point fort de Stacey, comme on disait.
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